Press "Enter" to skip to content

Les Malouines ne changent pas de drapeau quand le vent tourne

Editions: 🇮🇹 Italiano  –  🇫🇷 Français  –  🇬🇧 English  –  🇪🇸 Spanish  –  🇭🇰 中文(繁體)

Il y a quelque chose de salutaire à entendre un président argentin déclarer que la question des Malouines dépasse les divergences politiques.

Ce qui surprend, c’est qu’il ait fallu attendre près de trois ans pour entendre Javier Milei le dire avec une telle emphase.

Entouré de son gouvernement, Milei a annoncé un durcissement des mesures contre les entreprises participant à l’exploitation des hydrocarbures sans autorisation argentine. Il a promis de mobiliser les instruments diplomatiques, économiques et juridiques de l’État, annoncé des mesures concernant la Terre de Feu et appelé à l’unité nationale autour de la souveraineté.

Bienvenue, Monsieur le Président, dans une politique d’État.

La question commence lorsqu’on cherche à comprendre pourquoi il y arrive précisément maintenant.

Pendant une grande partie de son mandat, Milei a entretenu avec les Malouines une relation nettement moins passionnée. Son admiration publique pour Margaret Thatcher a suscité une incompréhension légitime en Argentine, non parce qu’il serait interdit de reconnaître des qualités politiques à un adversaire historique, mais parce que Thatcher était le Premier ministre britannique qui dirigeait le Royaume-Uni pendant la guerre de 1982.

Certaines références de Milei au droit à l’autodétermination des habitants des îles n’ont pas davantage facilité les choses. Il s’agit d’un argument essentiel de la position britannique dont la diplomatie argentine conteste historiquement l’application à ce différend particulier.

Rien de cela ne transforme automatiquement Milei en adversaire de la revendication argentine.

Mais son nouvel enthousiasme autorise une question.

Qu’est-ce qui a changé ?

Les Malouines n’ont pas bougé. Sea Lion n’est pas apparu hier. La législation argentine permettant de sanctionner l’exploration et l’exploitation d’hydrocarbures sans autorisation nationale existe depuis des années. Rockhopper est depuis longtemps dans le viseur de Buenos Aires et Navitas n’est pas un nouvel arrivant dans l’Atlantique Sud.

La véritable nouveauté s’est produite beaucoup plus au nord.

Donald Trump a laissé entendre que Washington pourrait reconsidérer sa position sur le différend tout en reprochant publiquement au Royaume-Uni de ne pas avoir suffisamment soutenu les États-Unis dans le contexte de la confrontation autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz.

Milei y a vu des « vents de changement ».

Peut-être existent-ils réellement.

Mais il vaut mieux ne pas confondre le vent avec la boussole.

Si une évolution des intérêts américains ouvre une possibilité diplomatique pour l’Argentine, Buenos Aires aurait tort de ne pas l’exploiter. Les États sérieux savent profiter des circonstances favorables. La politique étrangère n’est pas une congrégation d’âmes pures : elle consiste également à reconnaître les occasions et à savoir les utiliser.

Tout autre chose serait d’imaginer que Donald Trump vient de découvrir une passion soudaine pour la revendication argentine sur les Malouines.

Les États-Unis ont leurs intérêts. Le Royaume-Uni également.

L’Argentine devrait avoir les siens.

C’est précisément pourquoi la question des Malouines doit survivre à Milei, à Trump, au prochain président américain et au prochain locataire du 10 Downing Street.

Une comparaison historique revient inévitablement dans le débat argentin : 1982.

La dictature de Leopoldo Fortunato Galtieri commit l’erreur tragique d’interpréter sa relation avec Washington comme une garantie politique qui n’avait jamais existé. L’histoire démontra brutalement où se trouvaient les priorités stratégiques américaines.

Il est indispensable de s’en souvenir.

Transformer automatiquement cette tragédie en équivalence avec la situation actuelle serait cependant intellectuellement paresseux. Milei n’a annoncé aucune opération militaire. Il a au contraire énuméré des instruments diplomatiques, juridiques et économiques.

La différence est fondamentale.

La véritable leçon de 1982 est ailleurs : les sympathies personnelles entre dirigeants ne remplacent jamais les intérêts permanents des États.

Il est donc raisonnable que l’Argentine renforce sa réponse à l’exploitation unilatérale des ressources naturelles dans les eaux concernées par le différend de souveraineté. Il est tout aussi raisonnable de renforcer sa présence stratégique en Terre de Feu.

Il serait encore plus raisonnable de transformer ces décisions en une politique stable, prévisible et juridiquement solide plutôt qu’en une réaction présidentielle née après quelques déclarations de Donald Trump.

Il existe enfin dans cette histoire une délicieuse ironie.

Milei est arrivé au pouvoir en cultivant une politique étrangère fortement idéologique, où les affinités personnelles avec certains dirigeants occupent une place inhabituelle. Il se retrouve aujourd’hui face à l’une des questions argentines qui supportent le moins les personnalismes.

Les Malouines étaient là avant lui.

Elles seront là après.

La revendication argentine ne devient pas plus forte lorsque Trump se fâche contre Londres, ni plus faible lorsque Washington se rapproche à nouveau de son allié britannique historique. Elle ne saurait davantage dépendre d’un président argentin qui admire Thatcher le mardi et qualifie les Malouines de « cause sacrée » le jeudi.

Si le nouveau Milei signifie que l’Argentine retrouvera une stratégie diplomatique persistante, professionnelle et pacifique sur les Malouines, il faudra savoir le reconnaître sans mesquinerie partisane.

Ce pourrait même être une bonne nouvelle.

Mais il faudra alors accomplir quelque chose de bien plus difficile qu’un discours présidentiel :

maintenir la même politique lorsque le vent tournera.

🖋️© Le Cartographe du Pouvoir | 2026 – All Rights Reserved


© 2026 SalaStampa.eu, world press service – All Rights Reserved – Guzzo Photos & Graphic Publications – Registro Editori e Stampatori n. 1441 Turin, Italy
Sources consultées : législation et documentation officielles argentines relatives à la question des Malouines et à l’exploitation des hydrocarbures ; déclarations publiques de Javier Milei et Donald Trump ; précédents diplomatiques ; presse argentine et britannique.

16 views