
Haïti traverse depuis des années une tragédie que la communauté internationale observe avec un mélange d’inquiétude, d’impuissance et d’indifférence devenue presque habituelle. Les groupes armés se disputent les territoires, terrorisent les habitants et défient des institutions déjà fragilisées. Pendant ce temps, la population paie le prix d’une guerre qu’elle n’a jamais déclarée et d’une paix que personne ne parvient à lui garantir.
La disparition de quatre techniciens militaires salvadoriens participant à une mission internationale de sécurité vient compliquer davantage la situation. Ces hommes ont disparu après une embuscade dans une zone contrôlée par des groupes armés, près de Port-au-Prince. Des opérations de recherche ont été engagées et le Salvador a annoncé un important renforcement militaire. Il convient toutefois de distinguer les effectifs annoncés de ceux dont l’arrivée a été confirmée. Le sort des quatre disparus demeure également incertain.
Le président Nayib Bukele occupe désormais une place centrale dans cette affaire. Sa politique de sécurité a permis une réduction spectaculaire de la violence meurtrière au Salvador, mais elle a également suscité de graves critiques concernant les arrestations arbitraires, les garanties judiciaires et les droits fondamentaux. Ignorer les résultats serait malhonnête. Fermer les yeux sur leurs conséquences institutionnelles ne le serait pas moins.
Il existe pourtant une différence essentielle entre combattre les organisations criminelles sur son propre territoire et intervenir militairement dans un autre pays. Haïti n’est pas le Salvador. Les méthodes de sécurité ne s’exportent pas comme des marchandises. Toute intervention étrangère exige une base juridique claire, une chaîne de commandement identifiable et le respect de la souveraineté haïtienne. La légalité n’est pas un luxe réservé aux périodes de tranquillité.
Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, en juillet 2021, la crise politique haïtienne s’est aggravée. Les institutions publiques peinent à assurer la sécurité et les services essentiels, tandis que les groupes criminels exploitent le vide laissé par l’État. Mais le problème dépasse largement la présence d’hommes armés. On ne reconstruit pas une nation uniquement avec des patrouilles, surtout lorsque la justice, l’éducation et les perspectives économiques demeurent profondément fragilisées.
Les missions internationales doivent ainsi affronter une difficulté considérable : reprendre une rue ne signifie pas nécessairement la sécuriser durablement. Il faut du renseignement, de la coordination, des moyens et des institutions haïtiennes capables de préserver les résultats obtenus. Un véhicule blindé peut franchir une barricade. Il ne peut pas, à lui seul, rétablir la confiance des citoyens. Quant à la légitimité démocratique, elle ne figure toujours pas au catalogue des équipements militaires.
L’histoire des interventions étrangères en Haïti devrait également inspirer une certaine modestie. Trop de missions sont arrivées avec des promesses ambitieuses avant de repartir en laissant les problèmes fondamentaux sans solution. Toute nouvelle opération doit donc poursuivre des objectifs précis, respecter des mécanismes de contrôle et garantir la protection des civils. La solidarité internationale ne saurait devenir un permis permanent d’improvisation militaire.
Si le déploiement salvadorien prend l’ampleur annoncée, plusieurs questions devront recevoir des réponses. Qui commandera les troupes ? Sous quelle autorité agiront-elles ? Combien de temps resteront-elles ? Comment seront protégés les civils ? Qui répondra des éventuels abus ? Poser ces questions ne revient pas à défendre les gangs. Cela revient simplement à rappeler qu’un État ne peut prétendre protéger la loi en s’affranchissant de ses principes.
La population haïtienne a naturellement droit à la sécurité. Elle doit pouvoir vivre sans enlèvements, extorsions ni assassinats. Mais la paix durable exige également des tribunaux qui fonctionnent, des écoles ouvertes, des services publics et des possibilités de travail. Sans ces fondations, les groupes armés peuvent changer de nom ou de chef sans que les mécanismes de la violence disparaissent.
Voilà le paradoxe de la diplomatie internationale : le monde réclame la stabilité en Haïti tout en recherchant des solutions rapides à une crise accumulée pendant des décennies. Les gangs imposent leur autorité par la peur. Les États, eux, ont le devoir de gouverner par le droit. Si la communauté internationale souhaite réellement aider Haïti, elle devra offrir davantage que des menaces, des photographies militaires et des communiqués soigneusement rédigés.
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Sources consultées : Reuters, Associated Press et BBC News, octobre 2026.
Note de la rédaction : cet article constitue une analyse indépendante. Le nombre exact de militaires salvadoriens effectivement déployés et le sort des quatre disparus restent à confirmer.
